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Après avoir remis son préavis et s’être mis à son compte, Bill avait besoin de plus de capitaux. Entre autres, il avait besoin d’une sacré bonne sableuse, à moins de faire faire le travail ailleurs. Nous avions tous deux considéré qu’un sablage à la main devait être une caractéristique essentielle de la marque, et il fallait que ce soit comme celà. Au printemps 1984, après que Bill eût fait quelques recherches préliminaires, je suis venu et nous avons commençé par aller voir un spécialiste en machines à sabler. Bill avait apporté quelques têtes de pipe et les montra à notre représentant désigné pour voir comment utiliser la machine. « Pas de problème, Patron ! ». Et le gars nous condusisit à une petite machine de rien du tout. « Je ne pense pas que ça fera l’affaire » dit Bill. Et effectivement, ça ne le fit pas. Bill utilisa la machine pendant dix minutes sans résultat visible sur les têtes de pipe, et puis nous allâmes de machine en machine, augmentant de taille et de capacité jusqu’à ce qu’on arrive à la deuxième plus grosse de la rangée. Les mains, enfouies dans de gros gants de caoutchouc, glissèrent par des orifices à l’intérieur d’ une sorte de cabine géante, la tête de pipe tenue directement sous la projection de sable, le pied appuya sur la pédale du compresseur …et la tige fut complètement éclatée en une fraction de secondes. « Là, voilà une bonne sableuse » dit Bill. Marché conclu.
 
Après avoir remis son préavis et s’être mis à son compte, Bill avait besoin de plus de capitaux. Entre autres, il avait besoin d’une sacré bonne sableuse, à moins de faire faire le travail ailleurs. Nous avions tous deux considéré qu’un sablage à la main devait être une caractéristique essentielle de la marque, et il fallait que ce soit comme celà. Au printemps 1984, après que Bill eût fait quelques recherches préliminaires, je suis venu et nous avons commençé par aller voir un spécialiste en machines à sabler. Bill avait apporté quelques têtes de pipe et les montra à notre représentant désigné pour voir comment utiliser la machine. « Pas de problème, Patron ! ». Et le gars nous condusisit à une petite machine de rien du tout. « Je ne pense pas que ça fera l’affaire » dit Bill. Et effectivement, ça ne le fit pas. Bill utilisa la machine pendant dix minutes sans résultat visible sur les têtes de pipe, et puis nous allâmes de machine en machine, augmentant de taille et de capacité jusqu’à ce qu’on arrive à la deuxième plus grosse de la rangée. Les mains, enfouies dans de gros gants de caoutchouc, glissèrent par des orifices à l’intérieur d’ une sorte de cabine géante, la tête de pipe tenue directement sous la projection de sable, le pied appuya sur la pédale du compresseur …et la tige fut complètement éclatée en une fraction de secondes. « Là, voilà une bonne sableuse » dit Bill. Marché conclu.
  
After securing the proper sandblaster we were off to Italy to buy wood. As Bill was familiar with a few of the sawmills there he made the arrangements and we arrived at a mill which was a short drive from Pisa, early on a Tuesday morning. The next three days were spent up to our eyeballs in briar, surrounded by mountains of the stuff. I can’t begin to describe the air in and around the outbuildings which were situated in a lonely region of Tuscany- only that it had a real tang, almost a stinging quality- which came from the briar in its various stages of preparation. After three days of sifting and sorting we came away with seven bags of wood- to be delivered. I later learned that fourteen bags had actually arrived and that the extra seven bags had wood of good quality but each block was much smaller in height though larger in width. In the end, rather than send them back, Bill and Frank were able to get fabulous cross grains by turning each block on its side before working it.
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Après avoir obtenu la sableuse qui convenait, nous allâmes en Italie acheter du bois. Comme Bill était familier de quelques scieries du coin, il s’occupa de tout et  nous arrivâmes à une scierie qui était à peu de distance de Pise, un mardi tôt dans la matinée. Les trois jours suivants furent passés à se remplir les yeux de bruyère, environnés par des montagnes de cette matière. Je ne saurais pas décrire l’air ambiant en dedans et au dehors des bâtiments qui étaient situés dans une région isolée de Toscane, hormis le fait qu’il y régnait une odeur forte, presque piquante, qui était  due à la bruyère dans toutes ses étapes de préparation. . Après trois jours de tri et de classification, nous rentrâmes avec sept sacs de bois à livrer. J’appris plus tard que quatorze sacs étaient arrivés en réalité, et que les sept sacs en plus contenaient du bois de bonne qualité mais que chaque bloc était plus petit en hauteur mais plus grand en largeur. Au final, plutôt que de les retourner, Bill et Franck furent capables d’en tirer de magnifiques cross-grain en tournant chaque bloc sur le côté avant de le travailler.
  
 
In preparation of the first full year of production I was introduced to some processes of which I had neither seen nor read. One process smelled so horrible that I readily recall it today: the boiling of foot-long pieces of rod vulcanite in a large kettle for three hours at a crack, so as to remove as much sulfur as possible before the mouthpiece was actually cut to fit the pipe. This, I was told, kept the vulcanite mouthpieces of all Ashton pipes from oxidizing for a much longer period of time than other brands   
 
In preparation of the first full year of production I was introduced to some processes of which I had neither seen nor read. One process smelled so horrible that I readily recall it today: the boiling of foot-long pieces of rod vulcanite in a large kettle for three hours at a crack, so as to remove as much sulfur as possible before the mouthpiece was actually cut to fit the pipe. This, I was told, kept the vulcanite mouthpieces of all Ashton pipes from oxidizing for a much longer period of time than other brands   

Revision as of 19:47, 8 February 2020

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L' HISTOIRE DES PIPES ASHTON par R.D. Field

"Il s'agit sans doute de la seule chronique complète et véridique des pipes Ashton de leur débuts à nos jours".

(version inédite)

Commençons par le début – le vrai début. J'aime les pipes en bruyère depuis que je suis gosse- et pas nécessairement pour les fumer toutes ; mais pour les avoir et bosser avec, (ou perdre mon temps). J'avais douze ans quand je suis allé dans le drugstore d'à côté et j'ai regardé fixement quelque chose de particulier– deux boîtes de tabac Holiday et une pipe de bruyère, le tout pour 79 cents. Il me fallait cette pipe, donc j'achetais l'ensemble. J'ai fumé la pipe, bien sûr, mais je n'ai pas beaucoup aimé. Le goût était plutôt fort. Et je n'aimais pas vraiment la surface brillante de cette pipe. Aussi j'attrapais un peu de papier de verre et j'enlevais ce brillant. Ca semblait mieux comme cela,- mais pas encore assez. Après tout c'était ma pipe, et vu du haut de mes douze ans, une pipe devait avoir l'air vieille. Aussi je me remis au travail avec différents outils et je donnais à cette pipe un aspect … différent. Pas du tout satisfait de mon ouvrage, je sortis et achetais une autre pipe- cette fois là sans tabac. Je ne fumais même pas celle-là avant de commencer à changer son apparence. Et je pense que j'avais fait un sacré bon boulot. J'avais donné à cette pipe l'allure qu'elle aurait eue si elle était passée par toutes sortes de catastrophes et s'en était sortie saine et sauve. J'étais satisfait.

Mon goût pour la pipe connut des fluctuations au cours des années suivantes, mais n'alla jamais très loin. Je touchais beaucoup à la cigarette dans le secondaire et un peu à l'université, mais peu à peu je me tournais davantage vers la pipe jusqu'à ce que j'arrête complètement la cigarette. Celui qui m'a été d'une aide inestimable au cours de cette transition fut mon père qui, un mois avant que j'entame ma première année d'université, m'amena dans la boutique de John Middleton à Philadelphie et me fit choisir une Dunhill. A ce moment là, comme je l'ai dit, j'avais goûté à la pipe depuis assez longtemps et j'en possédais 10 ou 12, pour la plupart des Middleton Old Mariner’s et quelques Kaywoodie’s (made in London). Et donc je savais qu'une Dunhill était considéré à cette époque comme la meilleure. Et je l'ai vraiment trouvée meilleure, que ce soit en terme de qualité de fumage et de savoir faire absolu. Cette pipe m'aida à devenir non seulement un fumeur de pipes accompli, mais un fumeur de Dunhill. Quand je rentrais de l'université certains week-ends, j'allais voir la boutique Dunhill à Philadelphie (la boutique de John Middleton n'était plus assez bonne pour moi) et avec l'argent économisé sou à sou, je pouvais de temps en temps acheter une Dunhill J'étais devenu un connaisseur.

Je ne jurais plus que par Dunhill. J'avais mon propre mélange personnel fait spécialement pour moi dans la boutique Dunhill (-oui, mettez moi encore un petit peu de ce tabac cross-cut s'il vous plaît). J'ai eu des blagues à tabac Dunhill (-que vais-je prendre ce soir, la Rotator en tissus ou le cuir napa?) J'ai eu de l'eau de toilette Dunhill (et je ne mets pas d'eau de toilette). Tout était Dunhill. J'étais un homme Dunhill, par conséquent j'en avais le statut (le statut Dunhill). Pourtant j'étais encore à l'université et je n'avais pas d'argent (mais quelques sacré belles pipes et leurs accessoires).

Mais les pipes Dunhill étaient de bonne facture, aucune erreur. Oh, j'ai acheté d'autres marques (il faut tester les autres, pour ne rien manquer) mais aucune n'était aussi bonne à mes yeux que Dunhill – ni dans leur goût, ni dans les matériaux utilisés, ni dans la façon dont les pipes étaient fabriquées. Et comme le garçon de douze ans subsistait toujours en moi, (mais pas au point d'abîmer la finition des pipes), je devais étudier toutes les pipes de ma collection – en essayant de comprendre leurs secrets.

Durant toutes les années 60 et 70 mon intérêt alla croissant. Je commençais à me rendre compte que fabriquer une belle pipe de bruyère s'apparentait à un art, mais un art qu'on devrait pratiquer au lieu de le regarder seulement pour ses qualités esthétiques. Je devais en savoir plus. Mais comment? J'avais lu les quelques livres et magazines qui traitaient de la pipe de bruyère, le besoin d'en savoir plus n'en était que plus grand. A l'été 1978 je décidai de passer une annonce dans la rubrique Collections du Friday Philadelphia Inquirer :

Recherche pipes en bruyère,
Paiement en espèces
Telephone XXX-XXXX

Surprise – surprise, je reçus des réponses par téléphone et j'allais voir les gens chez eux (ça n'a jamais manqué de m'étonner la façon dont tant de gens ouvrent leur maison à un parfait inconnu). Je trouvais également quelques superbes bruyères, parmi d'autres bien moins belles. En quelques semaines j'avais amassé une jolie collection de quelques très grands noms, mais je me rendais également compte que j'étais allé voir trop de gens qui n'avaient rien d'autres que des Medico ou autres à me montrer. Aussi je modifiais mon annonce pour préciser que seules les Dunhill, Charatan et Barling m'intéressaient. Cela fit chuter le nombre de visites que j'avais à faire, et ma collection continua de s'agrandir.

Et maintenant, qu'allai-je faire de cette collection? J'étudiais les pipes minutieusement, essayant d'en apprendre le plus possible sur chaque aspect à prendre en compte – qui allaient des critères de base quant à la qualité des matériaux utilisés (de l'ébonite en feuille ou en rouleau plutôt que des tuyaux pré-moulés par exemple) jusqu'à des abstractions comme de savoir pourquoi de il y avait tant de variation entre les dessisns du grain ou du sablage. J'achetai également une machine à polir, n'ayant pas la patience de restaurer à la main un tuyau d'ébonite.

.Et je fumais ces bruyères. Toutes étant des pipes déjà (mais juste un peu) utilisées, je voulais savoir si l'une ou l'autre de ces différentes marques fumait mieux (à mon goût) ou si la saveur était déterminée par la personne qui avait culottée la pipe.

Davantage d'annonces (chaque vendredi, je m'en souviens), amenèrent davantage d'appels qui amenèrent davantage de visites qui engendrèrent davantage de pipes dans ma collection et ensuite…ALORS! Une illumination ! Je reçus un appel d'un collectionneur (je ne savais même pas qu'il existait des collectionneurs) qui m'invita à venir le voir. Ce fut au cours de cette visite que j'entrais en contact avec une publication qui a littéralement changé ma vie… THE PIPE SMOKER’S EPHEMERIS (l'almanach du fumeur de pipes). Non seulement je n'étais pas isolé (ainsi que ma visite à cet ancien collectionneur le démontrait) mais en lisant l'ouvrage je découvris qu'il existait une grande communauté de types partout dans le pays, peut-être dans le monde, qui s'intéressait aux pipes de bruyère. WOW!

Je découvris qu'avec une communauté de collectionneurs, on pouvait échanger des idées autant que des pipes. Aussi je continuais mon éducation, faisant de mon mieux pour trier le bon grain de l'ivraie Je découvris également que certains collectionneurs étaient prêts à payer pour des pipes de marque si la pipe était en bon état; c'est ainsi que commença le côté business de mon éducation.

En entretenant des relations avec ces collectionneurs de pipes avec qui j'avais discuté, je m'aperçus que j'avais étendu mes connaissances en termes de marques, et que beaucoup tenaient en haute estime les pipes italiennes faites main. Aussi je recherchais également ces marques (Castello et Caminetto furent les deux qui me vinrent aussitôt à l'esprit) et glanais plus d'informations sur les tuyaux en acrylique et le rusticage à la main.

Au bout d'un certain temps j'avais une liste d'adresses (jamais plus d'une cinquantaine de noms) de collectionneurs a qui périodiquement j'envoyais ce que j'espérais qu'ils voudraient bien appeler une liste détaillée des pipes que j'avais à vendre. Et je gagnais vraiment de l'argent. Maintenant, que faire avec cet argent? Mes annonces n'avaient pas rapporté beaucoup à ce stade, et certains de mes amis collectionneurs exprimaient leur intérêt pour les pipes neuves, alors… Comme je savais que les pipes Dunhill étaient très recherchées, je décidai de devenir un Revendeur Principal en Dunhill. Comment y arriver alors que je n'avais pas de boutique? La seule manière : leur envoyer de l'argent. J'écrivis une jolie lettre à Alfred Dunhill Ltd à New-York, en leur expliquant mon vif intérêt de devenir Revendeur Principal en Dunhill, et j'y joignis un chèque de 3000 $. Quelques temps après je reçus vingt-quatre Dunhill dans un coffret de revendeur Dunhill …et la monnaie. J'entrais ainsi dans le commerce de la pipe neuve.

A présent que je pouvais vendre des Dunhill neuves, je voulais aussi en connaître davantage sur la marque, mais sans aller trop loin à ce stade. Aussi j'écrivis à Dunhill à Londres et demandais si je pouvais venir faire un tour. Je reçus une réponse positive et je partis pour Londres à l'automne 1979. Au cours de ce voyage j'ai pu rencontrer quelques gens formidables qui travaillaient pour Alfred Dunhill –dont l'archiviste d'alors, Mr Gommersal qui, bien qu'il fût encore davantage expert en briquets Dunhill, en savait assez pour m'éclairer sur de nombreux aspects des pipes Dunhill de leur création jusqu'à l'époque de ma visite. Ainsi qu'un certain David Webb, qui débutait juste dans son poste de directeur de l'usine de pipes de Cumberand Road qui me confia une chose ou deux sur le marché mondial s'agissant de pipes Dunhill.

En plus de faire le tour de l'usine Dunhill de Cumberland Road et de jeter un coup d'œil aux archives Dunhill, j'en fis un encore peu plus. Je passais des journées à la bibliothèque des brevets du British Museum à rechercher tous les brevets concernant les pipes en bruyère depuis le milieu du 19ème siècle et ultérieurement. Je visitais chaque boutique de pipe du West End où je pus discuter ave quelques personnes très bien informées; je parcourais les marchés d'antiquité de Bermondsey et Portobello Road en recherchant de bonnes bruyères. Je rentrais à la maison bien plus chargé qu'à mon départ.

Maintenant que j'étais détaillant en Dunhill, j'en voulais plus, mais seulement un petit peu plus…Castello. La marque était alors distribuée par Hollco-Rohr, aussi je leur écrivis pour leur exprimer mon intérêt. Je fus éconduit. Stupéfait, je décidai que si la voie normale était fermée, je devrais trouver une alternative. Ce que je fis.

Je fis mes paquets pour l'Italie à la recherche des pipes Castello. Non seulement parce que je voulais des pipes, mais je voulais aussi rencontrer l'homme. J'atterris à Milan, m'arrêtais dans un petit hôtel plutôt miteux près de la gare (je n'avais pas d'argent à dépenser en hôtel, uniquement en pipes) et pris la route le matin suivant pour Cantu- là où vivait Castello.

A la gare je trouvais un train pour Cantu et j'embarquais. Je descendis au terminus, Cantu Cermanente, pas Cantu. Maintenant, à ce stade, je ne parlais pas un mot d'italien, et j'étais dans un petit village dans lequel personne ne parlait anglais. Je pensais alors que j'allais mourir dans ce village parce que je ne pouvais parler à personne; je ne pouvais même pas avoir à manger. Crainte irrationnelle? Dans ce cas précis oui, car grâce au langage des signes et une adresse écrite sur un bout de papier je compris que je pouvais prendre un bus et arriver à Cantu (le vrai Cantu) en dix minutes.

Une fois descendu je trouvai la bonne adresse, frappai à la porte et je fus reçu. Ce fut là que je rencontrai Carlo Scotti, sa fille Savinella et son gendre Franco Coppo. Je dois dire que Carlo Scotti était un personnage très imposant. Grand et mince avec une crinière banche et un profil de rapace, c'était quelqu'un à ne pas prendre à la légère. Cet homme irradiait à la fois un idéal et un entêtement extrême. Quand plus tard il apprit que je faisais le tour des boutiques d'Italie en achetant des pipes Castello, il demanda aux propriétaires de boutiques de ne pas m'en vendre.

Retournant à la maison avec un chargement de pipes Castello (mais pas acheté à la boutique) j'étais désormais détaillant Castello. Quelle serait la prochaine étape?

Le Congrès Mondial des Principaux Détaillants de Pipes Dunhill de 1980 – c'était là que j'avais le plus de chances de rencontrer beaucoup plus de gens importants du commerce de la pipe, y compris un certain William John Taylor (qui devait devenir plus tard William John Ashton-Taylor). Bien que je me souvienne de Bill au congrès, je ne pense pas lui avoir parlé, et ce fut pareil au Congrés Mondial des Principaux Détaillants de Pipes Dunhill de 1982 auquel j'assistai également. Je réussis enfin à rencontrer Bill au début 1983 quand je tombai par accident sur une démonstration de fabrication de pipe qu'il donnait dans un des magasins du West End. J'importais et je distribuais des pipes depuis 1980 (Radice, Becker) et je suppose que je gardais toujours un œil à moitié ouvert pour du neuf. En regardant Bill travailler ce jour du début de l'hiver, je me disais –cet homme a un réel talent. Je peux proposer son ouvrage dans n'importe laquelle des meilleures boutiques de notre pays et il se vendra. Quand nous pûmes avoir l'occasion de nous asseoir ensemble et de discuter, je compris qu'il avait une petite affaire de réparation de pipes anciennes pour Astley et quelques autres boutiques de Londres, réparations qu'il effectuait dans sa remise. Je posai alors la question – cela l'intéresserait-il de fabriquer ses propres pipes pour le marché US? Après quelques hésitations, Bill accepta de faire un essai.

Nos premières longues conversations se firent par téléphone, essayant de déterminer ce que chacun attendait de l'autre et ce que chacun pouvait faire pour l'autre. D'abord et principalement – quel genre de pipes devait caractériser cette nouvelle marque? Je connaissais et j'adorais les pipes Dunhill ; Bill était formé à la fabrication des Dunhill. Ca allait donc de soi, mais aucun de nous ne voulait faire de Dunhill bas-de-gamme. Elles devaient être différentes.. Nous voulions tous deux garder les formes et faire une majorité de sablées, mais nous voulions quelque chose de plus. Nous voulions tous deux un véritable traitement à l'huile et davantage de travail à la main- le chemin suivi des années 30 aux années 50. Et nous voulions des pipes qui aient l'air "fait-main". Notre but n'était pas la perfection ,mais la personnalité.

Comment appeler cette nouvelle marque? Bill et moi étions au téléphone par une froide journée de février 83, à tourner en rond en essayant différents noms qui conviendraient quand, pour une raison quelconque, nous décidâmes tous deux de nous axer sur la lettre A. Alors A…Ashley? Non, trop proche d'Astley's la boutique. Asprey? On ne pouvait pas l'utiliser non plus, car c'était un joailler. Et alors, tous les deux, en même temps : Ashton! Et il en fut ainsi; le nom Ashton était né.

Nous avions le nom. Maintenant il nous fallait les pipes. Bill pensa au logo – un rond de bruyère dans un cercle d'argent- brillant. Il me confia qu'il avait connu un moment délicat en mettant au point le traitement à l'huile (oil curing process) dans sa remise car l'espace était très réduit, mais à la fin il avait réussi et la production (limitée, très limitée) pouvait commencer.

Ce fut alors que je retournai à Londres pour rencontrer Bill. J'étais un peu nerveux, ne sachant pas trop à quoi m'attendre. Nous entendrions nous aussi bien que nous l'avions fait durant cette brève rencontre six semaines auparavant? Et pourrions nous coopérer l'un avec l'autre? Mais je devais aller le voir, et lui apporter mon appui sur le plan à la fois spirituel et financier.

Nous nous rencontrâmes, et une amitié très profonde se noua. Nous découvrîmes que non seulement nous pouvions travailler ensemble, échanger des idées, mais également que nous pouvions passer de bons moments ensemble. Non pas qu'il n'y eut jamais de moment où l'un d'entre nous n'aurait pas souhaité tordre le cou de l'autre.

Je me souviens quand je reçus la première pipe Ashton, une canadienne sablée avec une nomenclature rudimentaire (il n'y avait pas le marquage PebbleGrain sur la pipe par exemple). Je dois vous avouer à tous que …JE PANIQUAIS ! Ce n'était pas ce que je voulais. Au lieu du sablage noir laissant apparaître de beaux reliefs rougeâtres cette pipe était d'un noir de jais. Et lorsque je frottai le fourneau avec de l'alcool pour ôter un peu de teinture, il devint noir-bleuté. A ce moment mes rêves s'écroulèrent. Je pensais : Il ne peut pas y arriver. Il ne peut pas fabriquer la pipe que j'imagine.

Mais il le pouvait, et il le fit. Je renvoyais la pipe et ce fut bientôt rectifié. Lorsque je reçus la pipe pour la seconde fois, les reliefs rougeâtres irradiaient de la tête- mais comment fumerait-elle? Le fait que la Compagnie des pipes Ashton, née en 1983, soit actuellement dans sa dix-huitième année suffit à répondre à cette question.

La première année Bill fabriqua seulement 31 pipes Ashton. Il fallait changer quelque chose si nous voulions avoir un impact sur le marché de la pipe des Etats-Unis. J’allais à Londres en janvier 1984 pour que Bill et moi puissions discuter de son avenir dans l’affaire. Devait-il voler de ses propres ailes, où conserver la sécurité de son emploi actuel ? Une décision vraiment difficile, car il y avait Irène, l’épouse de Bill, et deux jeunes enfants à prendre en compte, sans parler d’un crédit immobilier récent. Je tiens à vous faire comprendre que c’est quelque chose de très effrayant de penser qu’une autre personne vous fait tellement confiance qu’il est prêt à quitter son boulot sur votre simple engagement de vendre sa production. Mais c’est ce qui est arrivé. Bill s'est remis entre mes mains. Et nous sommes toujours là tous les deux. HOURRAH!

Après avoir remis son préavis et s’être mis à son compte, Bill avait besoin de plus de capitaux. Entre autres, il avait besoin d’une sacré bonne sableuse, à moins de faire faire le travail ailleurs. Nous avions tous deux considéré qu’un sablage à la main devait être une caractéristique essentielle de la marque, et il fallait que ce soit comme celà. Au printemps 1984, après que Bill eût fait quelques recherches préliminaires, je suis venu et nous avons commençé par aller voir un spécialiste en machines à sabler. Bill avait apporté quelques têtes de pipe et les montra à notre représentant désigné pour voir comment utiliser la machine. « Pas de problème, Patron ! ». Et le gars nous condusisit à une petite machine de rien du tout. « Je ne pense pas que ça fera l’affaire » dit Bill. Et effectivement, ça ne le fit pas. Bill utilisa la machine pendant dix minutes sans résultat visible sur les têtes de pipe, et puis nous allâmes de machine en machine, augmentant de taille et de capacité jusqu’à ce qu’on arrive à la deuxième plus grosse de la rangée. Les mains, enfouies dans de gros gants de caoutchouc, glissèrent par des orifices à l’intérieur d’ une sorte de cabine géante, la tête de pipe tenue directement sous la projection de sable, le pied appuya sur la pédale du compresseur …et la tige fut complètement éclatée en une fraction de secondes. « Là, voilà une bonne sableuse » dit Bill. Marché conclu.

Après avoir obtenu la sableuse qui convenait, nous allâmes en Italie acheter du bois. Comme Bill était familier de quelques scieries du coin, il s’occupa de tout et nous arrivâmes à une scierie qui était à peu de distance de Pise, un mardi tôt dans la matinée. Les trois jours suivants furent passés à se remplir les yeux de bruyère, environnés par des montagnes de cette matière. Je ne saurais pas décrire l’air ambiant en dedans et au dehors des bâtiments qui étaient situés dans une région isolée de Toscane, hormis le fait qu’il y régnait une odeur forte, presque piquante, qui était due à la bruyère dans toutes ses étapes de préparation. . Après trois jours de tri et de classification, nous rentrâmes avec sept sacs de bois à livrer. J’appris plus tard que quatorze sacs étaient arrivés en réalité, et que les sept sacs en plus contenaient du bois de bonne qualité mais que chaque bloc était plus petit en hauteur mais plus grand en largeur. Au final, plutôt que de les retourner, Bill et Franck furent capables d’en tirer de magnifiques cross-grain en tournant chaque bloc sur le côté avant de le travailler.

In preparation of the first full year of production I was introduced to some processes of which I had neither seen nor read. One process smelled so horrible that I readily recall it today: the boiling of foot-long pieces of rod vulcanite in a large kettle for three hours at a crack, so as to remove as much sulfur as possible before the mouthpiece was actually cut to fit the pipe. This, I was told, kept the vulcanite mouthpieces of all Ashton pipes from oxidizing for a much longer period of time than other brands

As we became better acquainted I learned more of Bill’s training at Dunhill Pipes Ltd. Hired as a capstan-lathe operator at the age of fifteen he did little more than sweep floors for quite some time. All the craftsmen on the floor in that era knew how to make a pipe from start to finish, and each had his own jealously guarded secrets. Gradually, Bill was taught all the general processes, and since he showed such keen interest in pipe making a few of the old guard actually shared their treasured secret knowledge with him. To become a pipe maker for Dunhill in those days the apprentice had to demonstrate his skill by making a usable pipe of Dunhill quality from start to finish. When Bill brought his finished pipe in to be critiqued the masters laughed at his work- until they examined the pipe closely and found it to be both flawless and usable. For the pipe he made was only one inch long.

From the very beginning Bill has tried to cater to the American Collector- not with series upon series of limited edition pipes, but by making the largest briar smoking pipes to come out of England. The first of these pipes were sized ELX and appeared in 1984, but these were soon to be dwarfed by the very limited series of MAGNUM pipes which first appeared in 1985. From 1985 till today no more than seventy-five MAGNUM pipes have been made, the zenith for this series being 1986 when twenty were produced. Low point was throughout the 1990’s with the scarcity of really large pieces (I won’t dare to call them blocks) of briar . A MAGNUM in any smooth finish has yet to make an appearance.

1984 saw the emergence of Ashton as a comer in the high grade pipe market. Very quickly the brand gained a reputation for fine smoking characteristics overall and the deeply sandblasted PebbleGrain finish in particular. Bill believed so much in the brand and what he was able to accomplish that he decided to add Ashton to his surname, and so in that year he became William John Ashton-Taylor. In the same period my friend Robby Levin decided to bring out a new cigar brand and had no idea of what to use for a name. I convinced him, based on the excellent reputation of the Ashton pipe in the U.S., to name his cigar brand Ashton. And so he did.

When I saw the enthusiastic acceptance of the Ashton pipe by the U.S. pipe smoking public in 1984 I decided that the newly formed Ashton Pipe Company needed an archive of its ongoing history. Not a paper archive, but a pipe archive. I already had two pipes from the thirty-one made in 1983 and so in 1984 I started to set aside representative examples of Bill’s work for each year. The Collection should provide visual clues to the ongoing development and changes in the pipe making process that would otherwise go unnoticed. The Ashton Collection now comprises nearly two hundred pipes, and it continues to slowly expand, year by year.

Bill and I have taken many trips together- to visit other pipe makers, to select briar, and to vacation with our families. On an early trip in 1985 we visited Radice, and I asked Gigi to show Bill what I thought was a really neat finish- a combination of rustication and sandblasting. We also bought cappuccino makers in Milan before we returned to England. And why are you mentioning that you both bought cappuccino makers you ask. Because Bill brought his to the workshop where it became an essential part in developing his PebbleShell process. After seeing what Radice had done Bill took it another step; he first steamed the outside of the oil cured bowl (using the steam jet of the cappuccino maker) raising the soft grain up just so, and then carving it away. Only after this process would the bowl be sandblasted- the result being the gnarled appearance that we in this country love. Bill applied for and received a British patent for the PebbleShell process, and each PebbleShell pipe sold today bears this patent number.

As an innovator on the English pipe making scene Bill has no peer. I may give him a suggestion which he will then take and run with, so that it goes far beyond what I originally conceived. A primary example is the Ashton quaint series. I well remembered Barling quaints and suggested that Ashton might want to try something in that line. In no time Bill was creating a masterly series of quaint shapes the like of which I had not seen before, and which are a backbone of the line today. But this innovation is also a two-edged sword. For when Bill is working the new he can sometimes forget the old. Not the most organized person I have ever met Bill will write processes on odd scraps of paper- and then lose them. The popular Brindle finish was absent for a period of five years because of the loss of the paper scrap bearing the Brindle stain formula. And that it was found again was just the purest luck.

The Ashtonite mouthpiece proved to be another innovation- this one taking place in the early 1990’s when Bill found a material that was somewhat of a cross between traditional vulcanite, used by English pipe makers from the beginning of the craft, and the acrylic material favored by Italian craftsmen. That this material would not tarnish yet was a bit softer on the teeth than acrylic was like having the best of both worlds. And, to be truthful, I didn’t know a thing about the impending change until the first pipes with Ashtonite mouthpieces arrived at my warehouse door.

From its inception the Ashton Pipe Company has never had more than two full time folks, plus a series of part-timers. Skilled pipe makers are a dying breed in the England of today and no one there seems to have the interest to apprentice. It really is no wonder as the trade in pipes is shrinking all the time- the irony being that there are more good hand made pipes being made today than ever before.

To begin with, Bill is an all-rounder; he is familiar with every part of the pipe making process and does it all. The first bowl-turner was Frank Lincoln, also ex-Dunhill and a wonderful man. Frank’s specialty was hand-turning on a lathe which he did for Ashton until health problems caught up with him. He died in 1991. The present bowl-turner is one Sid Cooper, all of seventy-eight (he looks fifty-four). Sid started at the original Hardcastle Pipe Co. (not Parker-Hardcastle, mind) in 1938, and he is a genius at setting up machinery in order to make one-off shapes. He also knows more stories of the English pipe trade than anyone I have ever met.

Personality, not perfection. Little did I know at the time of our first meeting that Bill Ashton-Taylor was superbly suited to injecting immense portions of his personality into the brand. His pipes are a reflection of the man- polished yet comfortable, warm and gentle, true friends.

The Ashton Pipe Company today is still evolving, and there is really no telling where it will go. One can easily see this evolvement when viewing the Ashton Collection in its totality; each year’s examples are different than the previous year’s- in shape, in finish, in feel. As long as William John Ashton-Taylor continues to make pipes I feel sure that we are all in for more pleasant surprises.