UNE DUNHILL DE L’EPOQUE DUKE STREET

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UNE DUNHILL DE L’EPOQUE DUKE STREET’, by John C Loring
Contributed and translated by Jean-Christophe Bienfait

J’ai fait récemment l’acquisition d’une pipe des plus remarquables, une Dunhill ¾ bent de l’époque "Duke Street " vers 1915, d’une taille correspondant à peu près à une des premières 120. Une " DR" avec un grain facilement égal sinon meilleur que celui d’une DR E ou F des années 60. Les catalogues Dunhill prouvent que dans les années 1910 et 1920 Dunhill a réalisé quelques grains droits (straight grain) exceptionnelles mais bien que j’ai eu ou vu un bon nombre de DR des premiers temps cette pipe est la seule que j’ai réellement vu qui possède un grain de qualité « catalogue ».


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Mais au-delà de sa beauté j’ai trouvé que c’était une pipe très intéressante. D’abord, elle possède une nomenclature unique, un petit " stop " ovale spécifique avant le marquage DUNHILL. Vous vous souviendrez que dans un article plus ancien j’avais exposé qu’à partir des catalogues et d’une enquête dans les collections, il semble que jusqu’au milieu des années 20 Dunhill avait trois grades de DR indiqués par de petits « stops » carrés avant ou après les marquages DUKE ST ou LONDON et pour le plus haut grade après le DUNHILL ; qu’au milieu des années 20 un quatrième grade fut introduit, indiqué par un stop carré avant DUNHILL ; mais je suppose que même avant que ce quatrième « super » grade fasse son apparition au catalogue, il y avait sans doute toujours eu des pipes « spéciales » vendues plus chères que les plus hautes gradations d’alors. Cette pipe au grain droit exceptionnel que j’avais en main, avec son stop plus ovale que carré placé avant et non après le marquage DUNHILL semblait confirmer cette hypothèse.


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Mais si son grain approche la perfection, la pipe, en revanche en est loin. En fait elle a une fissure superficielle qui court à l’horizontale sur la moitié de la tête. Et plus intéressant, celle-ci semble avoir été là dès l’origine. Il n’existe par exemple aucune décoloration qui pourrait indiquer une fissure de chaleur causée après l’achat de la pipe par un fumeur trop empressé. Bien plus, une inspection minutieuse du côté « net » de la tête laisse apparaître une continuation potentielle de la fissure juste en dessous de la surface. Ceci m’amène à supposer qu’au moment du ponçage et du polissage final de la tête le défaut était à peine apparent sur un côté et restait tout juste caché de l’autre, et lorsque la pipe a été fumée pour la première fois la fissure s’est juste assez ouverte pour qu’on la voit. Si ce n’est pas assez, alors que j’examinai la pipe en détail, j’ai noté trois ou quatre ‘sandspecks -sandpits ?- (différents des petits chocs que le fumeur a pu faire plus tard).

Mais ce qui m’intrigue le plus c’est que cette pipe avec son grain spectaculaire et ses défauts regrettables a été certainement contrôlée, approuvée et très probablement vendue par Alfred Dunhill lui-même. A cet égard je me souviens de la récente controverse apparue dans les cercles de collectionneurs lorsqu’il fut révélé que certains des meilleurs pipiers continentaux de l’époque moderne retouchaient les « sandpits » sur leurs pipes. En effet au milieu des années 1910 la petite boutique Dunhill de Duke Street s’apparentait bien plus aux petites affaires de ces pipiers continentaux d’aujourd’hui qu’au marchand de tabac d’envergure mondiale qu’il devait devenir à peine quelques années plus tard. Une décennie plus tard, très certainement, même si c’était à contrecoeur, cette pipe aurait été "dégradée" à cause de ses défauts, destinée à être marquée et vendue comme une Parker étant donné que les parois du fourneau n’étaient pas assez épaisses pour essayer d’en faire une Shell. Mais pour une boutique de pipes tout juste née, une telle pipe avait sans nul doute trop de valeur pour qu’on la mette simplement de côté. Tout ceci nous ramène à la nomenclature, et à une question. Alors que nous sommes à peu près sûrs que le stop placé avant le Dunhill était l’indication de la beauté du grain, l’utilisation d’un stop ovale était-elle accidentelle ou intentionnelle, pour avertir des défauts. Je crois que nous ne le saurons jamais, mais je suppose que si nous pouvions le demander aujourd’hui à Alfred Dunhill, il se souviendrait encore de ce jour, un siècle auparavant, où il a tenu en main pour la première fois cette superbe pipe et a dû prendre cette décision difficile.
[Un pipier expérimenté m’a appris depuis qu’en fait les fissures de la pipe étaient des fissures de chaleur.]